L’opposition au DSM-5 n’est pas l’opposition à la psychiatrie

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Certains partisans du DSM-5 tentent d’assimiler l’opposition à la 5e édition de ce manuel de l’American Psychiatric Association, à une opposition de nature anti-psychiatrique. Il s’agit d’un argument politique qui vise à discréditer un vaste mouvement international, en englobant ses nombreuses nuances sous l’étiquette « anti-psychiatrie », laquelle renvoie à un contexte historique bien précis, celui des années soixante.

Cette rhétorique spécieuse permet de ne pas répondre aux arguments sérieux et documentés des opposants au DSM-5. En réalité,  nombre  de ces opposants en Europe, en Australie, en Amérique du Sud et aux USA même, comptent principalement dans leurs rangs, des psychiatres, des psychologues cliniciens, des psychanalystes, des travailleurs sociaux, des praticiens de la santé mentale profondément attachés à la psychiatrie, refusant  catégoriquement l’idée que la maladie mentale  ne soit qu’un mythe, refusant tout autant le scientisme et sa biomythologie, que l’obscurantisme. Ils se situent dans différents courants de pensée et se réfèrent à des théories philosophiques, scientifiques,  cliniques et éthiques qui ont une longue tradition intellectuelle. Ils se soucient  profondément des droits des usagers de la psychiatrie dont ils s’occupent quotidiennement, de la lutte contre les discriminations dont ceux-ci sont l’objet, de leur participation réelle aux décisions les concernant, sans nier la réalité de la maladie mentale et sans assimiler automatiquement tout usager de la psychiatrie à une victime.

Beaucoup d’opposants au DSM-5 ne refusent pas en soi l’idée de classification des maladies mentales, nécessaire à l’épidémiologie, à la recherche et à la clinique, mais ils contestent, arguments à l’appui, la fiabilité, la validité et l’utilité du DSM-5. Beaucoup d’opposants au DSM-5 ne refusent pas en soi l’idée du diagnostic psychiatrique, à condition qu’il ne soit ni fixiste ni décontextualisé ni réifiant, comme il l’est dans le DSM. Ils sont prêts à chercher et à élaborer des alternatives réalistes qui éviteraient la stigmatisation tout en permettant  de servir de repères structuraux utiles aux praticiens et surtout à la prise en charge des patients.

Sans entrer dans une querelle étiologique, les opposants au DSM-5, dont nous sommes, mettent en cause  le modèle exclusif bio-médical qui conduit à un réductionnisme de la souffrance psychique assimilée à une lésion cérébrale, mais ils ne refusent pas l’idée d’une participation causale biologique à certaines maladies mentales. En revanche, ils refusent de voir, sans fondement scientifique, la psychiatrie éclater entre une pseudo-neurologie, d’un côté et un service social, de l’autre. Ils sont favorables aux avancées scientifiques validées, mais refusent une idéologie scientifique coupée des réalités cliniques. Ils ne refusent pas à priori les prescriptions médicamenteuses, quand elles s’avèrent indispensables et quand elles peuvent contribuer à la rémission,  voire à la guérison des patients.

Enfin, dire comme ses opposants que le DSM-5 va certainement entraîner des surdiagnostics, une surmédicalisation des comportements qui sont de longue date perçus comme entrant dans le cadre des variations de la normale, ainsi, par exemple, que l’état de deuil, dire que le DSM-5 va déclencher de nouvelles fausses épidémies, des prescriptions inappropriées et pouvant s’avérer dangereuses,  en particulier pour les enfants, ne relèvent en aucun cas de l’antipsychiatrie, mais du bon sens et …. de la défense de la psychiatrie.

  • Jean-Claude Aguerre, Doctorat en Philosophie, Psychanalyste Membre d’Espace Analytique
  • Hervé Bokobza, psychiatre , collectif des 39 contre la nuit sécuritaire
  • Michel Botbol, Professeur de Pédopsychiatrie à Brest, Secrétaire général de L’Association Française de Psychiatrie
  • Patrice Charbit, Psychiatre, Président de l’AFPEP-SNPP Association Française des Psychiatres d’Exercice Privé, Syndicat National des Psychiatres Privés
  • Jean-Yves Cozic, Psychiatre, Chef de Service, Président de l’Association Française  de Psychiatrie
  • Guy Dana, Psychiatre, Chef de Service, Psychanalyste  Membre du Cercle Freudien
  • Marielle David, Pédopsychiatre, Psychiatre, Psychanalyste, Membre d’Espace Analytique
  • Pierre Delion, Professeur des universites lille 2, chef du service de Pédopsychiatrie au chru de Lille, Psychanalyste, Co-President waimh francophone
  • Francis Drossart, Pédopsychiatre, Psychanalyste membre du IVe Groupe, Directeur de Recherches au CRPMS, Université Paris Diderot 7
  • Françoise Fabre, Psychiatre Praticien Hospitalier, Psychanalyste Membre d’Analyse Freudienne
  • Tristan Garcia Fons, Pédopsychiatre,Médecin directeur CMPP et Hôpital de Jour à Montreuil, Psychanalyste, Membre de la Société de Psychanalyse Freudienne
  • Bernard Golse, Pédopsychiatre, Psychanalyste, Membre de l’Association Psychanalytique de France, Chef du  service de Pédopsychiatrie à l’Hôpital Necker Enfants Malades, Professeur de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent à l’Université Paris Descartes
  • Nicolas Gougoulis, Psychiatre, Psychanalyste Membre de la Société Psychanalytique de Paris
  • François Kammerer, Psychiatre, Vice Président de l’association Française de Psychiatrie
  • Jean-Jacques Laboutière, Psychiatre
  • Patrick Landman, Pédopsychiatre, Psychiatre, Président d’Initiative Pour une Clinique du Sujet Stop-Dsm, Psychanalyste Membre d’Espace Analytique
  • Claude Léger, Psychiatre honoraire des Hôpitaux, Psychanalyste Membre de l’Ecole de  Psychanalyse des Forums du Champ Lacanien
  • François Leguil, Psychiatre, Psychanalyste, Membre de l’Ecole de la Cause Freudienne
  • Nusinovici Geneviève,Psychologue Clinicienne,Psychanalyste Membre de l’Association Lacanienne Internationale
  • Bernard Odier, Psychiatre, Psychanalyste, ASM 13 Michel Patris, Professeur de Psychiatrie, Psychanalyste, Président de la Commission Nationale de Qualification en Psychiatrie
  • Gérard Pommier, Psychiatre, Psychanalyste, Professeur Emérite de l’Université de Strasbourg
  • Roger Salbreux, Pédopsychiatre. Ancien président de l’Association Internationale de Recherche scientifique en faveur des personnes Handicapées Mentales (AIRHM), Membre du conseil national Handicap (France)
  • Gérard Shadili, Pédopsychiatre, Psychothérapeute Familial, Uhados de l’Eps-Erasme 92 Antony
  • Jean François Solal, Psychiatre Honoraire des Hôpitaux, Pédopsychiatre, Psychanalyste, Membre de la Société de Psychanalyse Freudienne
  • Dominique Tourrès Gobert, Pédopsychiatre, Psychiatre, Médecin Directeur CMPP et Hôpital de Jour Ville d’Avray, Psychanalyste, Membre d’Espace Analytique
  • Jean-Jacques Tyszler, Psychiatre, Psychanalyste Membre de l’Association Lacanienne Internationale, Médecin Directeur de CMPP à Paris
  • Alain Vanier, Ancien Psychiatre des Hôpitaux, Professeur à l’Université Paris Diderot, Psychanalyste  Membre d’Espace Analytique
  • Elie Winter, Psychiatre, Secrétaire Général de l’AFPEP-SNPP  Association Française des Psychiatres d’Exercice Privé, Syndicat National des Psychiatres Privés
  • Dominique Wintrebert, Psychiatre des hôpitaux, Chef du Pôle 94G02, Président de l’ASPIC
avril 11, 2015

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